Paul Laurendeau, linguiste, sociolinguiste, philosophe du langage

LAURENDEAU 2000C

LAURENDEAU, P. (2000c), « L’alternance futur simple/futur périphrastique: une hypothèse modale », Verbum, tome 22, fascicule 3, pp 277-292.
.
.
.

Rapporté à un être donné, le temps est comme une galerie que cet être fore continûment, par la pioche de son élan vital, dans le bloc résistant de l’éventuel. Depuis le dernier incident important, le dernier tournant, dirions nous, qui est survenu dans cette sienne progression, l’être envisagé se trouve dans un certain laps homogène d’évolution qui constitue le dernier laps actuel de sa durée vécue. Quand, de son point de vue présent, un Français considère la partie passée de ce laps, il dit je viens de faire; quand il se tourne vers l’avenir et qu’il le regarde comme la suite naturelle de son actuelle progression, il dit je vais faire.

Jacques DAMOURETTE et Édouard PICHON (1936: 165)

.

.

.

Résumé: Les formes synthétique et analytique du futur en français vernaculaire ne sont pas en train de se remplacer l’une l’autre. Au contraire, elles coexistent, et construisent des opérations sémantico-énonciatives distinctes. Cet article propose que la distinction fondamentale entre ces opérations n’est pas temporelle, comme on le croit habituellement, mais plutôt modale. La forme analytique est utilisée pour accroître la force assertive de l’énoncé, et la forme synthétique est utilisée pour réduire cette force assertive. Entre Je vais y aller tout a l’heure et J’irai tout a l’heure, la différence n’est pas dans la proximité ou la non proximité du moment de réalisation, mais plutôt dans le degré de certitude ou d’incertitude de l’énonciateur sur cette réalisation même. Le premier est du type: « Je vais y aller. Promis ». Le second est du type: « J’irai peut-être, si ça me chante ». Corpus analysé: énoncés oraux en français vernaculaire de la ville de Québec (Québec)

Abstract: The synthetic and analytic forms of future in vernacular French are not replacing each other. On the contrary, they coexist, and construct distinct semantico-enunciative operations. This paper suggests that the fundamental distinction between these operations is not temporal, as commonly believed, but rather modal. The analytic form is used to increase the assertive force of the statement, and the synthetic form is used to decrease that assertive force. Between Je vais y aller tout a l’heure and J‘irai tout a l’heure, the difference is not in the proximity or non proximity of the moment of realization, but rather in the level of certainty or uncertainty of the speaker on that realization itself. The first one is like: « I will go. I promise ».  The second one is like: « I might go, if I feel like it ». Studied corpus: oral sentences in vernacular French of Quebec City (Quebec).
.
.
.

Nous avançons un certain nombre de propositions descriptives sur la sémantique de l’alternance futur simple/futur périphrastique dans un vernaculaire du français légèrement divergent de la variété hexagonale (sur le problème de l’alternance de ces deux formes du futur en français hexagonal: Colmant, 1975; Stavinohov, 1977; Söll, 1983; Franckel, 1984; Jeanjean, 1988; Helland, 1995. Pour un solide aperçu descriptif de sa fluctuation dans les dialectes et variétés régionales de français: Gougenheim, 1971:85-107). Contrairement à son équivalente plus solidement assertive, passé simple/passé composé, l’alternance des deux désinences du futur n’est pas hermétiquement répartie entre l’acrolecte (parler élitaire) et le mésolecte (parler commun). Si le passé simple tend à disparaitre, ce n’est pas le cas du futur simple. Les deux désinences du futur co-existent plutôt, et ne semblent pas pour l’instant manifester ce que les sociolinguistes variationnistes appellent un changement en cours (sur cette thèse, voir notamment Emirkanian et Sankoff, 1985). Au contraire, à registre sociolinguistique constant, un énonciateur utilise ces deux formes de façon articulée et complémentaire. Le futur périphrastique apparaît certes plus fréquent dans le corpus que nous analysons ici, mais cela tient en partie à la nature des échanges entre les locuteurs (à ce sujet: Deshaies et Laforge, 1981). Dans de très rares cas l’énonciateur peut sembler hésiter entre l’usage des deux formes:

(1) A: Pis euh.. d’autres occasions, comme tu vas tu vas tu parleras‑tu.. Vas‑tu parler d’la même façon avec les gens d’la gang comme j’sais pas moi, si tu vas euh.. si tu vas faire une demande d’emploi?

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec,  F02-M, 001083)

Mais de fait on va vite observer qu’un dispositif sémantico-énonciatif très stable articule la distinction des futurs analytique et synthétique dans la variété québécoise de français (sur ce problème en québécois: Deshaies et Laforge, 1981; Lesage et Gagnon, 1992; Zimmer, 1994). Nous nous proposons ici de décrire la distinction sémantico-énonciative entre les deux formes de futur telle qu’elle est révélée par les données du sociolecte analysé, en la fondant sur l’hypothèse d’un rôle joué par la catégorie de modalité. L’idée d’un futur « proche » et d’un futur « éloigné » n’est pas nécessairement évacuée d’une telle analyse, mais le caractère de stricte quantification sur le vecteur temporel qui y est associée dans la description traditionnelle est enrichi ici d’une prise en compte plus poussée de la transcatégorialité temporalité/modalité. Lorsqu’on a affaire aux marques verbales procédant à l’expression de l’avenir, les idées de proximité et d’éloignement dans le temps et dans l’assertion vont se révéler à la fois étroitement intriquées et pondérables.  Plus le procès est proche en temps du moment où on l’énonce, plus il fonctionne naturellement à force assertive minimale. Plus le procès s’éloigne du moment d’énonciation, plus il faudra en affermir la prise en charge en le surassertant. Confirmons d’abord que la coexistence, et même la co-opération, du futur simple et du futur périphrastique en langue vernaculaire, est révélée sans le moindre doute possible par l’attestation massive de leur co-présence en micro-contexte:

(2) B: Comme quelqu’un… admettons y aurait une gang de filles avec une gang de gars, les gars i vont dire « ça sera pas chaud ». ça veut dire… ça sera pas chaud (rire léger) I va se passer presqu’un orgie, comme i pourraient vouloir dire, t’sé…

A: hum

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F02-M, 001080)

Cet exemple montre de plus une concomitance manifeste entre les deux procès marqués par les deux tiroirs (cf. Infra). Ils marquent exactement le même processus se déroulant dans la même durée. La distinction qui se construit en (2) se joue plus entre une prédiction et un fait qu’entre des repérages sur deux points distincts d’une ligne temporelle. C’est ce type de cas qui va nous obliger à d’abord faire un sort à l’hypothèse temporelle.

L’HYPOTHÈSE TEMPORELLE:  LES FUTURS «PROCHE» ET «ÉLOIGNÉ»

L’hypothèse d’une flexion strictement fondée sur la catégorie temporelle (ou aspectuo-temporelle, la notion de proche/éloigné relevant de fait plutôt d’un complexe transcatégoriel temps/aspect/quantité) est moins falsifiée que relativisée par d’importants contre-exemples. Certes, le tour périphrastique peut marquer un temps futur «proche» (il faut parler ici de quasi-immédiat. Noter que nous entendons, dans le présent exposé, temps au sens d’un type particulier de repérage énonciatif. Laurendeau, 1995:333, note 1, Laurendeau, 1998:177-181):

(3) B: Ah! ça! C’est quoi?

A: Des amandes.

D: J’viens juste d’y goûter, moi à ça

E: j’y ai pas goûté,

C: oui

B: Hey, gar, là, j’vas finir celle‑là

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F03-MEPH, 001128)

et  le tour simple peut marquer un temps futur «éloigné» (noter la présence de la négation):

(4) C: Pis astheur, c’est l’argent qui… qui mène le monde.

D: qui domine toutte, oui.

E: Ben… ça coûte assez cher!

C: Peut‑être que plus tard que… ça sera pas peut‑être pareil, mais là…

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F01-MEPH, 001028)

Mais le tour simple arrive tout à fait à marquer un temps futur «proche» (nous sommes à quelques minutes du repas du soir. Noter la concurrence avec le présent):

(5) B: comme l’autre fois, des petites sandwiches ont demandé si on était accompagnés pour préparer le repas du gars en même temps

C: Fait que j’souperai pas moi j’soupe pas…

E: ah, i l’a‑tu dit vous‑autres?

C: J’ai faim mais j’soupe pas (rire)

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F03-MEPH, 001120)

Et le tour périphrastique arrive à marquer un temps futur «éloigné» (notre adolescente nous résume ici rien de moins que sa complète trajectoire de vie future):

(6) A: Mais vous‑autres, ça vous arri… là, v… c’est vrai qu’vous êtes… pas vraiment en situation, mais ça v… ça vous arrive‑ti, des fois, d’penser que… peut‑être que vous allez préférer faire seulement votre métier, pis pas avoir d’enfants? Ça vous arrive‑ti d’penser à ça?

E: Non…

D: Non.

C: Ben moi… moi j’vas faire des longues études, fait qu’ça va être difficile que… si j’ai un enfant là… J’pense ben qu’j’vas attendre d’avoir fini…

A: Mais t’es pas certaine d’en avoir…

C: Pis même j’vas étu… J’pense que… tsé, j’vas continuer j’vas prendre ça ben relaxe, là mais J’l’aurai pas à quarante ans.

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F03-MEPH, 001093/94)

Les modernisateurs de la tradition grammairienne (ils sont nombreux en ce moment. Mentionnons uniquement Charaudeau, 1992:461, qui restreint sa description de l’alternance des deux formes à la stricte idée de proximité et d’éloignement temporels) pourraient contester ceci. En se réclamant d’une sorte de fluctuation subjective des notions de proximité et d’éloignement temporel, ils pourraient suggérer que la trajectoire de carrière est «proche» pour la jeune femme qui souhaite devenir mère avant quarante ans, que le repas du soir est bien «éloigné» pour le jeûneur vespéral. Et cet argument pourrait fort bien être avancé au mépris de toute prise en compte de la complexe transcatégorialité qu’il implique déjà. Force est donc, pour faire face, hors de toute argutie, à ce type d’argumentation hyper-relativiste, d’insister sur le fait qu’à cette situation de contre-exemplifications croisées s’ajoutent les cas fréquents, et cette fois-ci implacables, où chaque tour marque alternativement deux futurs situés exactement à la même «distance» temporelle du moment de l’énonciation:

(7) C: Mais on pleure jamais quand tu ris

A: Ah moi j’pleure souvent!

B: Ah!

A: Cette semaine j’ai pleuré toute la semaine mais non mais j’veux dire en entendant qu’a rit, là, ah…

C: Si a rit, on pleurera pas à cause qu’a rit mal, on va rire

D: T’as pleuré toute la semaine?

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F03-MEPH, 001134)

(8) E: J’espère qu’à soir i va faire beau d’même parce que en robe, si i mouille e…

A: Vous avez des robes longues?

D: à soir i fera pas beau, ça s’peut qu’j’aille garder!

E: non!

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F03-MEPH, 001125)

Ces données (voir aussi (2) qui est du même ordre: conflit co-énonciatif de prédictions) nous ont amené à proposer que la notion de proximité et d’éloignement temporel n’est pas centrale dans l’alternance de ces deux formes, mais corollaire. « Nous ne trouvons pas dans la seule notion de temps le critère qui décidera de la position ou même de la possibilité d’une forme donnée au sein du système verbal » (Benveniste, 1959:237). Il ne s’agit donc pas ici d’évacuer la possibilité d’une nuance temporelle entre les deux formes, mais bien de la lier à une hypothèse modale plus opératoire. Dans les exemples cités supra, le tour périphrastique est associé à une forte visée assertive que l’on projette au futur. Ceci pose des problèmes particuliers, car de par son caractère non effectif, la totalité du futur comme catégorie sémantique est inévitablement à forte tendance modale. Asserter le futur est donc un type de prise en charge doté de particularités spécifiques, qu’il faudra marquer.

L’HYPOTHÈSE MODALE I: L’ASSERTORIQUE SPÉCIFIQUE – PROJECTION AU FUTUR DE LA VISÉE ASSERTIVE

On exploitera donc l’idée de l’opposition assertorique/apodictique dans la description modale du futur comme catégorie. Ces deux opérations énonciatives ne concernent évidemement pas que le futur, mais se révèlent particulièrement opératoires dans son cas. Restreignons nous d’abord à l’expression du spécifique. Dans le spécifique, l’opération assertorique consiste à procéder à la prise en charge d’une assertion de fait, à valeur tendanciellement équiprobable: il va (peut-être) pleuvoir. L’opération apodictique consiste à (re)formuler explicitement l’existence d’une réalité inexorable: Je vais mourir (un jour). Or énoncer un fait (opération assertorique de prise en charge) ce n’est pas la même chose et cela n’engage pas la même batterie de préconstruits que rappeler un truisme, même un truisme à être (opération apodictique de prise en charge). Dans le spécifique, annoncer, prédire un fait qui, avant cette prise en charge, ne se présentait jamais que comme un possible factuel parmi d’autres, implique une manifestation explicite de l’engagement de l’énonciateur dans la prise en charge. Il faudra constamment voir à affermir cette prise en charge, car elle entre tendenciellement en conflit avec l’incontournable fluctuation modale inhérente à l’avenir comme notion, et comme réalité. Ce problème ne se pose pas avec l’opération apodictique, de par son caractère implacable, inéluctable, irrécusable. C’est donc l’assertorique spécifique qui pose la première série de problèmes concerant la fluctuation de la force assertive d’un procès donné comme à être.

ASSERTORIQUE SPÉCIFIQUE CONSTRUISANT UNE PROSPECTIVE INSTANTANÉE

Voyons d’abord les propriétés modales de l’instantané, saisi en discours cursif, c’est-à-dire dans le discours qui commente l’action en suivant instant après instant le déroulement du situationnel (à opposer au discours détaché, Laurendeau, 1995:335, note 1) . La solidité aléthique de l’instantané est incontestable. L’assertorique spécifique construisant une prospective instantanée est de visée assertive maximale.

(9) D: T’as‑tu un plasteur?

E: là, i ont pas l’droit des mettre.

D: mon plasteur i a décollé.

A: Oui, oui  j’vas aller t’chercher ça.

D: j’me suis coupée à midi

C: T’avais rien qu’à pas jouer avec!

D: Ben!

A: j’espère qu’j’en ai, j’va aller voir.

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F03-MEPH, 001126)

On annonce le fait à être et on se lève immédiatement pour le réaliser. Pas de demi-mesure! Observons qu’on est ici dans le JE et dans le discours cursif, autant que dans l’immédiat. Ce n’est pas anodin. L’énonciateur dispose d’un contrôle maximal sur la réalisation de ce qu’annonce son discours. Voilà sans conteste la manifestation du phénomène vernaculaire qui a mené à la promotion de l’idée d’un futur « proche » associé à la forme analytique. Cela nous oblige à dire un mot de la principale déviation taxinomisante en matière de sémantique verbale: le morphologisme. Le morphologisme est une attitude descriptive et théorique qui consiste à configurer une grille de catégories sémantiques fixe dont « la classification et la nomenclature découlent, bien entendu, de l’observation morphologique » (de Saussure et Sthioul, 1998:79, qui analysent finement le phénomène dans la grammaire psychologique de Damourette et Pichon). Chaque morphème, voire chaque élément de désinence, est alors sensé renvoyer inévitablement à sa ou ses classes sémantiques au sein d’un dispositif prioritairement symétrique. « On obtient de la sorte un système où chaque forme complexe est traitée comme le résultat de la combinaison des marques propres à chaque caractère répartoriel » (de Saussure et Sthioul, 1998:78). Avatar grammairien majeur, le morphologisme complète, dans le cas qui nous occupe ici, l’attrait de la tentation temporaliste. En effet, le coeur morphologique du tour analytique n’est-il pas, après tout, va (forme vernaculaire de vais), c’est-à-dire un ci-devant « verbe d’action » au « présent » (le quasi-auxiliant d’imminence de Benveniste, 1965:193)!  Le présent et le futur « proche » auraient donc une même forme de base, qui se verrait dotée d’un ajout infinitif dans le second cas. Aux faits maintenant d’épouser la mécanique du moulage morphologiste. Séduisante analyse. Mais de fait, les cas de type (9) sont les seuls vrais futurs « proches » de leur réalisation dans le situationnel, échappant à toute fluctuation subjectiviste du type de celles appréhendées plus haut. Ce sont des quasi-immédiats, incontournables, et ce, pour quiconque. Mais ce sont les seuls.

ASSERTORIQUE SPÉCIFIQUE CONSTRUISANT UNE PROSPECTIVE PROGRAMMATIQUE

En effet, l’assertorique spécifique se découple fort aisément de la stricte immédiateté, de la sui-référence, et du discours cursif. Il est tout a fait compatible avec un IL construit en discours détaché, et à distance temporelle variable (sur la relation entre futur, temporalité, et personne: Maingueneau, 1991: 79-80). L’énonciateur, ou quiconque, n’a alors plus aucun contrôle sur la mise en réalisation situationnelle de son assertion. Cela ne l’empèche pas de prédire avec la même fermeté des réalités à être dans un avenir beaucoup plus indéfini.

(10) ZC: Hey, savez‑vous, mon mononcle i a pas un mois à vivre hein… j’viens de savoir ça, i va mourir étouffé.

A: I va mourir étouffé? Pourquoi?

C: un cancer général…

A: Hm…

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F03-MEPH, 001128)

Quand le pauvre mononcle va-t-il subir ce sort? Cela reste bel et bien indéfini en temps de par le tiroir verbal, d’où le choix d’expliciter contextuellement la brièveté du délai (i a pas un mois à vivre hein). Par contre, ce qui demeure, c’est la froide certitude que son sort est scellé. De plus, cette certitude n’est en rien celle du truisme ou de l’aphorisme.  Il ne va pas simplement mourir comme nous tous, il va mourir étouffé… et encore: avant son heure (maintien de la dimension temporaliste, mais en rapport avec le préconstruit apodictique des attentes « normales » de la mort). On notera d’ailleurs que la majorité des tours apodictiques, où la question de proximité temporelle ne se pose plus, mais dont la certitude est indubitable, sont aussi massivement marqués, en langue vernaculaire, par le tour analytique (Tous les hommes vont mourir, etc…). La certitude exprimée en (10) est, au contraire, objet de prise en charge et est exposée, de ce fait, à tous les enjeux co-énonciatifs d’usage. Elle se fonde dans le mouvement de diaphore (mouvement discursif de déformation notionnelle: Laurendeau, 1997b) construit en linéarisation textuelle autour des notions mourir étouffé/cancer général. C’est une projection assertorique (ou problématique). On construit ici une prospective programmatique, pour laquelle la proximité temporelle tiens pour peu, mais pour laquelle la visée assertive tiens pour beaucoup. Observons un cas plus complexe:

(11) B: Ben ça dépend! ben quand une fille a veut sortir avec un gars: « Oui oui, tu vas l’avoir! J’te l’jure tu vas l’avoir! Ben oui! T’as juste à faire ci, t’as juste à faire ça, tu vas l’avoir! »

A: C’t’à dire… Vous analysez l’gars ou…

B: Ouain. La plupart du temps i l’ont pas!

A: (rire)

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F02-M, 001053)

Ici la prospective programmatique est rapportée, citée, jouée. La certitude assertorique, la projection au futur d’une visée assertive, prime dans le propos rapporté. La distance temporelle, elle, est hors propos. Elle perdure peut-être implicitement, mais ce n’est pas elle qu’on marque. Le fait que la prédication faisant l’objet de cette visée assertive se trouve infirmée après coup est un trait de récit qui confirme sa fermeté initiale. On a ici ce que la rhétorique avait nommé un enthymémisme, une sorte d’effet antithétique de récit. Sans épiloguer, notons simplement que ce type de vive projection au futur d’une visée assertive, d’une force illocutoire assertive diraient les pragmaticiens, semble se marquer nécessairement par la forme analytique.

ASSERTORIQUE SPÉCIFIQUE CONSTRUISANT UNE PROSPECTIVE INFÉRÉE DEPUIS DE L’HYPOTHÉTIQUE

Nous sommes donc ici au centre d’un dispositif essentiellement (quoique non exclusivement) modal.  Il s’agit de la modalité aléthique principalement. Cela n’empêche pas la visée assertive de se transposer en visée volitive (Espérons…), ou autre. Mais, de fait, on a principalement affaire à l’axe modal possible/nécessaire. Celui-ci peut même être introduit en apodose d’une construction hypothétique en une intéressante combinaison cumulant de l’hypothétique et du certain: Si ce possible est, il va nécessairement entraîner cet autre possible. C’est la prospective inférée:

(12) EC: Gary?

C: (rire)

B: Je sais pas

D: y est… supposé de plus venir, hein?

B: ouain! Espérons qu‘y va venir, moi j’veux…

D: moi c’est mon mari, Gary! si c’est…

B: Si c’est pas… si c’est… si y vient pas, là, j’vas tout le temps capoter, moi hein…

E: (rire)

B: Si y est pas là j’vas tout l’temps capoter parce que lui ça va ben, tsé pour aller parler avec tsé… j’suis accoutumée d’y parler, mais… si y arrive un… j’sais pas moi…

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F03-MEPH, 001104)

Ancrée dans l’effectif ou dans l’hypothétique, la visée assertive du tour périphrastique marque donc maximalement la prédiction péremptoire d’un fait spécifique futur. Il s’agit d’un fait brut, ou découlant d’un enchaînement implicatif. Mais dans les deux cas il s’agit d’un fait où il faut tenir l’assertion à bour de bras, tout simplement parce que ce fait à être fait ici inévitablement l’objet d’une affirmation contestable. Or son contraire, la négation d’un fait futur, va soulever de nouveaux problèmes.

NÉGATION DE LA PROSPECTIVE PROGRAMMATIQUE SPÉCIFIQUE

Aussitôt qu’un prospective programmatique est niée, c’est la forme synthétique qui est utilisée, en tournure interrogative (qu’il ne faut pas confondre ici avec une interro-négative) ou strictement négative:

(13) A: T’es la plus vieille, chez vous?

D: Non, J’suis la plus jeune, mais… les autres…

A: (rire léger) Ils s’marieront pas?

D: J’sais pas… Ben peut‑être mais…

C: Oh!

B: C’est pas à veille!

C: Doris, elle va s’marier!

D: mais oui mais… il est assez…

B: Doris… Doris, elle j’pense, si c’est pas la dernière, ça sera pas loin!

B: (rire)

D: ça sera pas la première, en tous les cas.

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F03-MEPH, 001091)

(14) D: ça m’est arrivé, j’pense ça m’arrivera plus jamais!

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F01-MEPH, 001025)

Le ci-devant «futur simple» montre alors qu’il n’est en rien disparu du vernaculaire québécois. C’est dans ce genre de tour que les locuteurs vont massivement le conjuguer avec toutes ses nuances formelles, même les irrégulières…

NÉGATION DE LA PROSPECTIVE INFÉRÉE SPÉCIFIQUE

La prospective inférée sur de l’hypothétique spécifique révèle le même dispositif. Sa négation mobilise la forme synthétique, même dans les interrogations.

(15) A: Mais ça te dérangera pas qu’a vienne?

B: Si elle a veut venir, ça dérangera pas qu’a vienne, t’sé, mais j’irai pas y demander pour qu’a vienne.

A: Autrement dit, c’est elle qu’i faut qui fasse les démarches?

B: Ouain

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F02-M, 001052)

(16) A: Si ça arrivait vous direz rien?

E: Ben non…

A: C’est d’ses affaires.

E: Oui.

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F01-MEPH, 001012)

Ces faits sont très stables dans le sociolecte analysé. Il semble tout simplement exclu qu’on puisse platement asserter avec un futur simple dans cet idiome. Mais il sert massivement à nier. Notons au passage combien ces négations sont gorgées de potentialités polémiques, ce qui les place tres loin des « non-affirmations » des logiciens et linguistes logicistes, mais très proche de l’activité modalisante.

HYPOTHÈSE MODALE II: LE PANCHRONIQUE, LE GÉNÉRIQUE, LE GNOMIQUE

On a d’abord été amené à admettre que, pour adopter une formulation culiolienne, il y a du modal. Une deuxième étape va nous amener à observer que, encore une fois de façon très massive, le dispositif modal dégagé se perpétue de façon remarquablement stable dans les cas où, au temps futur, se substitue la panchronie.  La panchronie, c’est le renvoi à une réalité donné comme valide de tous temps (ou hors temps). La panchronie s’oppose à la réalité vouée à être chevillée à un moment particulier, ce qui est la contingence (sur cette dernière: Laurendeau, 1997a). Elle se manifeste dans les formulations à visée générique et gnomique.

EXEMPLIFICATION À VISÉE GÉNÉRIQUE

Il y a une solide compatibilité, dans les vernaculaires du français, entre ce tiroir verbal que les grammairiens ont hâtivement étiqueté «futur» et la formulation d’une visée générique, panchronique ou achronique (ces deux catégories se touchent). Le cas le plus fréquent, dans la variété de corpus dont nous disposons, est ce type particulier d’exemplification à visée générique, souvent manifeste dans la construction de récits semi-fictifs. Nous sommes ici hors-temps:

(17) A: Vous faites un mauvais coup, ça retombe su’l’dos de… finalement t’es pris là‑dedans. Est‑c’que tu vas dire: Ben… Je l’savais c’que j’faisais » ou ben si tu vas dire « Je l’savais ben euh… j’savais pas, moé, c’est la gang! »

B: J’vas dire… Ben je sais pas, ça va dépendre quoi, si c’est grave, la plupart du temps t’sé j’vas dire t’sé… toutes les filles j’pense ben qu’i diraient la même chose « c’pas d’ma faute » t’sé, mais admettons c’est une petite affaire, là tu dirais « C’est moé », j’pense, mais la plupart du temps, chus pas mal sûre qu’i diraient « C’pas d’ma faute » t’sé… C’est la gang y ont décidé » T’sé on s’trouverait une petite disculpation.

A: Hum

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F02-M, 001053)

Si une certaine coloration temporelle pourrait encore être associée à ces cas de figure (idée de que feras-tu la prochaine fois que ce cas type se manifestera?) par les défenseurs du « futur temps en tout temps »,  force est aussi de prendre en considération l’hypothèse modale. Celle-ci ressort avec plus d’acuité quand on compare le tiroir à son concurrent le plus naturel dans la marquage de la panchronie, à savoir celui dit du «présent». Il semble bien qu’à un certain point, le présent ne soit plus exploitable, dans le cas (17), vu le déploiement fictionnel de l’exemplification (Quand cela arrive je dis versus Si cela arrive je vais dire). Noter que le récit est amorcé au « présent » générique (Vous faites un mauvais coup etc…), ce qui révèle la complexité modale de l’exemplification comme texte.

GÉNÉRIQUE DE TENDANCE (OU GNOMIQUE)

On peut joindre aux cas déjà décrits qui procèdent encore d’une certaine dimension de marquage du programmatique, ces génériques de tendance (ou gnomique) où se trouve décrit un possible, de type propension, doctrine, ou loi.

(18) B: Ben moé euh… je regarde tout au complet! (rire) Comme admettons je regarde un gars, j’vas tout regarder en même temps, t’sé, j’vas voir si y est intelligent, pour euh… t’sé, j’vasj’vas tout l’évaluer su tous les points, t’sé, j’vas dire « Lui euh… y est… y est assez intelligent. Y est assez fort… Y est pas ben ben fin, par exemple… » Mais t’sé… J’vas l’évaluer d’même, t’sé, j’dirai pas… M’semble, t’sé, je regarderai pas rien qu’un point.

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F02-M, 001065)

(19) B: Ben oui! Ben t’sé euh… les profs, t’sé, i vont… i vont t’crier par la tête, t’sé j’veux dire, mais euh… quand tu t’chicanes avec ton… avec admettons avec mère, t’sé j’veux dire… A va t’… a va t’chicaner, t’sé, mais en même temps tu voiras pas t’sé que ça va être avec euh… j’pourrais pas dire du mépris, t’sé, mais j’veux dire, t’sé, a va t’chicaner, mais pas… pas avec euh… d’l’enra… ben d’l’enragement, mais en tous cas… me comprends. J’pas capable d’expliquer… Dire t’sé l’prof v… va t’engueuler, pis t’sé tu vas… tu vas voir, t’sé, ça sort, ça sort raide, pis ta mère, ben t’sé, tu vas t’apercevoir qu’a t’chicane, mais euh… dans l’fond, t’sé, a voudrait pas t’chicaner, mais c’pour…

B: c’pour toé!

A: Hum

B: C’tout temps pour toé!

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F02-M, 001055)

Il appert alors que le dispositif modal dégagé initialement se perpétue de façon stable, en couplage parfaitement compatible avec la catégorie de généricité, dans la panchronie. Le tour analytique marque alors la valeur générique ou gnomique que l’on charge de la visée assertive maximale. Notons qu’une difficulté modale assez semblable à celle posée par le futur se pose dans le cas de la formulation de la panchronie et de l’achronie. On ne peut poser un étant de tout temps sans rencontrer des résistances modales, tant aléthiques qu’épistémiques, devant aussi être compensées par un surcroît de visée assertive, fermement inscrite dans les formes. La tendance à utiliser une forme commune pour marquer le futur et la panchronie serait donc fondée sur une transcatégorialité impliquant le modal.

GÉNÉRIQUE DE TENDANCE FORMULÉ NÉGATIVEMENT

Symétriquement, la forme synthétique est, pour sa part, de nouveau mise à profit pour le marquage de tout tour générique formulé négativement. En d’autre termes le non-être générique se construit comme une sorte de désasserté gnomique.

(20) A: Ouain Es… Mais comme ça… Est‑c’qu’y a une façon d’agir e… dans votre gang, là, qui est correcte? Tsé e… tsé, une fille agira pas d’une telle façon parce qu’a sait, a sait parfaitement que tout l’monde l’acceptera pas

B: Oui

A: Y a‑tu des façons, vraiment y y f… qu’y faut pas… des choses qu’y faut pas faire?

D: Ben…

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F01-MEPH, 001021)

(21) B: Oui. Oui. Comme… dans les hauts, là. T’sé j’veux dire… Ceux qui sont riches i parleront pas c… comme ceux qui sont, qui sont pas, qui sont pauvres, je voudrais dire comme moé, t’sé parleront pas comme moé. Pis euh… ceux que… ceux qui travaillent en dehors, t’sé. Toutes sortes d’affaires. Pis ceux qui tout… comme tout dans l’Québec y en a po… t’sé y en a beaucoup qui tra… Voyons! Maudit! Y en a beaucoup qui parlent pas pareil comme nous‑autres.

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F02-M, 001083)

Noter dans le dernier exemple la dimension de quasi-synonymie avec le «présent» panchronique. Il semble bien que l’opération consistant à distinguer des degrés de visée assertive devienne beaucoup moins cruciale quand le processus se construit dans un non-être. Mais la forme synthétique est bien en place.

HYPOTHÈSE MODALE III: LE PROBLÈME DE L’IMPÉRATION

A ce point-ci du développement, il est capital de signaler qu’il serait erroné de conclure, face à ces données, qu’en vernaculaire québécois et dans les variétés de français similaires, la forme analytique du futur s’est spécialisée dans l’affirmation, et la forme synthétique dans la négation. Ce serait là tout simplement remplacer un réflexe grammairien morphologiste par un autre. Ce qui est observé ici, c’est plutôt que la forme analytique marque la projection d’une visée assertive au temps futur, alors que la forme synthétique projette au temps futur, de façon ouverte, tout type de fluctuation ou de suspension de l’assertion, incluant la négation. La typologie de ces fluctuations modales est encore à établir, mais on peut proposer d’emblée qu’elle comprendra les ci-devant futurs atténuatif, conjectural, de promesse, de prophétie, etc., discutés dans certaines descriptions basées sur corpus (Voir notamment Sundell, 1991: 30, Culioli, 1990: 146. On pense aussi à la contingent futurity introduite jadis par Elmer, 1898). On peut en fait comparer: Oui, je vais y aller lundi et Mais, j’irai lundi afin de bien saisir cette opposition, qui ne se restreint pas à la flexion verbale, mais engage en fait deux dispositifs énonciatifs distincts, pouvant s’ouvrir sur des effets polémiques distinct, l’un s’orientant vers la confirmation ferme (Lundi! Promis!), l’autre vers l’objection lâche (Bah, lundi…). Si on cherche alors à décrire l’opposition dégagée ici en une formule ramassée, on peut simplement dire que, dans l’opération qu’elle construit, la forme du futur analytique est (sur)assertante et que la forme du futur synthétique est modalisante (et/ou désassertante). Notons que la négation, comme non-assertion, apparaît ici, non comme l’affirmation inversée des logiciens, mais comme un type de modalisation. La présence, sans négation, de la forme synthétique dans un certain nombre d’actes de paroles à haute teneur modalisante, impérative notamment, prouve que le futur simple est chevillé accessoirement à la négation, et essentiellement à la modalisation. Observons l’injonction suivante (sur la relation entre le futur et l’injonctif: Oppermann, 1996):

(22) A: C’est compliqué manger ça?

B: j’y ai déjà goûté,

A: autrement dit.

E: Ben non… Hein ben j’viens juste d’en manger une qui est pourrie. Tu y goûteras, voir, c’est méchant, weark!

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F03-MEPH, 001129)

Marquée avec la forme analytique, cette injonction aurait été excessivement virulente en impération (Tu vas y goûter!) ou simplement assertive et future. Marquée à l’impératif, elle perdrait la projection indéfinie vers le futur et deviendrait instantanéiste. La forme synthétique atténue ici l’impération en mobilisant une morphologie tendant à désasserter (on peut alors faire le raccord avec ce que Sundel, 1991: 30 appelle assez judicieusement modification de l’intensité d’assomption). Notons crucialement qu’on s’attend à ce que cette gustation soit proche plutôt qu’éloignée en temps. Ce futur synthétique est a la fois proche et modalisant. Dans le cas suivant, on peut parler, pour ah vous viendrez et vous nous le direz, d’autorisation, de permission ou d’injonction.

(23) A: Allez‑vous nous inviter?

D: ayoye. Oui oui

A: (rire)

B: ah vous viendrez, c’est dans le sous‑sol de l’église…

A: Ben on va les appeler hein…

B: ouain

A: Quelle église?

C: Saint‑Joseph

D: L’église Saint‑Joseph

B: Saint‑Joseph

A: ben vous nous le direz, là,

D: ouais ouais.

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F03-MEPH, 001103)

Et ici de demande, de requête, de supplique:

(24) C: j’ai des problèmes (rire) de cassage de noix!

D: C’est l’fun casser ça

C: Prends‑le, là… nous‑autres on s’chicanait pour qui qui allait les casser… Tu me l’passeras après Manon, j’vas n’en casser une

D: Hey chus forte! (rire) Tiens, mais est dure à sortir, celle‑là, d’l’écaille…

C: ça, c’tu des noix?

(Denise Deshaies, Corpus de la Ville de Québec, F03-MEPH, 001127/128)

Noter dans les deux cas la co-opération étroite avec la forme synthétique et la forme analytique. Le dernier cas est fort parlant. La noix ne pourra être cassée par l’énonciatrice qu’après que Manon lui ait donné le casse-noix. Pourtant passer est au simple et casser au périphrastique. C’est que le premier est demande et le second assertion. La frontière de la distinction modale marqué dans les formes les sépare.

CONCLUSION: DE L’EMPIRIQUE AU THÉORIQUE

Aux vues de l’hypothèse suggérée ici pour articuler la distinction sémantico-énonciative entre futur simple et futur périphrastique dans le système verbal de la deuxième grande variété de français, une réorganisation du statut modal d’un certain nombre de phénomènes énonciatifs est mise en branle. La négation apparaît comme un type de modalisation: tu iras peut-être et tu n’iras pas sont voisins. L’interrogation non-négative côtoie l’assertion: tu vas y aller et vas-tu y aller? sont voisins. L’impération se voit assigner des degrés modaux associés à l’impact de la visée assertive: tu iras si je t’autorise s’oppose a tu vas y aller, ou il faut que je me fâche!. Finalement la proximité temporelle et la stabilité modale s’accompagnent fréquemment: tu iras plus tard (peut-être) continue de s’opposer à tu vas y aller tout de suite (n’en doutons pas), mais pas, croyons nous avoir démontré, pour des raisons exclusivement aspectuo-temporelles. La proximité entre futur et panchronie/achronie face au modal complète le tableau des problèmes de transcatégorialité soulevés par la présente description. Évidemment il faut avancer prudemment dans toute reproblématisation de l’immense question de la typologie des modalités fondée sur ce type de découverte empirique. Autrement le morphologisme que l’on a su dénoncer avec la fermeté nécessaire nous guette au tournant. Mais il reste que l’investigation empirique des variétés vernaculaires questionne une fois de plus les dispositifs théoriques, et les oblige à se redéployer.
.
.
.

RÉFÉRENCES:

BENVENISTE, É. (1959), « Les relations de temps dans le verbe français », Problèmes de linguistique générale, I (1966), Gallimard, pp. 237-250.

BENVENISTE, É. (1965), « Structure des relations d’auxiliarité », Problèmes de linguistique générale, II (1974), Gallimard, pp. 177-193.

BOISVERT, L.; LAURENDEAU, P. (1988). « Répertoire des corpus québécois de langue orale », Revue québécoise de linguistique, Université du Québec à Montréal, vol. 17, n° 2, pp. 241-262.

CHARAUDEAU, P. (1992), Grammaire du sens et de l’expression, Hachette, 927 p.

COLMANT, G. (1975), « Un nouveau futur en français », Le Langage et l’Homme, n° 29, pp. 51-54.

CULIOLI, A. (1990), Pour une linguistique de l’Énonciation – Opérations et représentations (Tome 1), Ophrys, coll. l’homme dans la langue, 225 p.

DAMOURETTE, J.; PICHON, É. (1936), Des mots à la pensée: Essai de grammaire de la langue française, Tome 5: Auxiliaires – Temps – Modes – Voix, Éditions D’Artrey, Paris, 865 p.

DESHAIES, D.; LAFORGE, E. (1981), « Le futur simple et le futur proche dans le français parlé dans la ville de Québec, Langue et Linguistique, n° 7,  pp. 23-47.

DE SAUSSURE , L.; STHIOUL, B. (1998), « L’approche psychologique: Damourette et Pichon »,  MOESCHLER, J. dir. Le temps des événements – pragmatique de la référence temporelle, Kimé, pp. 67-85.

ELMER, H.-C. (1898), « Tenses in expression of contigent futurity », Studies in Latin Moods and Tenses, MacMillan Company, Cornell Studies in Classical Philology, pp 114-174.

EMIRKANIAN, L.; SANKOFF, D. (1985), « Le futur simple et le futur périphrastique dans le français parlé », LEMIEUX, M.; CEDERGREN, H. dir. Les tendances dynamiques du français parlé à Montréal, Gouvernement du Québec, Québec, pp. 189-204.

FRANCKEL, J.-J. (1984), « Futur «simple» et futur «proche» », Le français dans le monde, n° 182, pp. 65-70.

GOUGENHEIM, G. (1971), Étude sur les périphrases verbales de la langue française,  Librairie, A.-G. Nizet, Paris, 385 p.

HELLAND, H.P. (1995), « Futur simple et futur périphrastique: du sens aux emplois », Revue Romane, vol. 30, n° 1, pp. 3-26.

JEANJEAN, C. (1988), « Le futur simple et le futur périphrastique en français parlé », BLANCHE-BENVENISTE, C.; CHERVEL, A.; GROSS, M. dir. Grammaire et histoire de la grammaire: Hommage à la mémoire de Jean Stéfanini, Publications de l’Université de Provence, pp. 235-257.

LAURENDEAU, P. (1995), « Exploitation du cadre de la théorie des repérages énonciatif en linguistique descriptive: le cas du tiroir de l’imparfait », BOUSCAREN, J.; FRANCKEL, J.-J.; ROBERT S. dir. Langues et langage. Problèmes et raisonnement en linguistique – Mélanges offerts à Antoine Culioli, Presses Universitaires de France, coll. Linguistique nouvelle, Paris, pp. 331-343.

LAURENDEAU, P. (1997a), « Concomitance de procès, contingence et agglomérat notionnel: AGIR/ÊTRE EN... », Faits de langues, n° 9, pp. 145-154.

LAURENDEAU, P. (1997b), « De la « déformabilité » des notions en discours », Langage & Société, n° 82, , décembre, Maison des Sciences de l’Homme, Paris (France),  pp. 27-47.

LAURENDEAU, P. (1998), « Moment de l’énonciation, temps de l’énoncé et ordre de procès », Cahiers CHRONOS – Variations sur la référence verbale, Vol. 3, RODOPI, Amsterdam/Atlanta pp. 177-198.

LESAGE, R.; GAGNON S. (1992), « Futur simple et futur périphrastique dans la presse québécoise », CROCHETIÈRE, A.; BOULANGER, J.-C.; OUELLON, C. Actes du XVe Congrès International des Linguistes, Presses de l’Université Laval, Québec, pp. 367-370.

MAINGUENEAU, D. (1991), L’Énonciation en Linguistique Française, Hachette, coll. Langue – Linguistique – Communication, 128 p.

OPPERMANN, E. (1996), « Les emplois injonctifs du futur en français des origines au début du seizième siècle », L’Information grammaticale, n°69, pp. 48-49.

SÖLL, L. (1983), « De la concurrence du futur simple et du futur proche en français moderne », HAUSMANN, F.-J. dir. Études de grammaire française descriptive, Julius Groos Verlag, Heidelberg, pp. 16-24.

STAVINOHOVÁ, Z. (1977). « Le futur « proche » et le futur simple dans la langue littéraire contemporaine », Études romanes de Brno, n° 9,  pp. 115-126.

SUNDELL, L.-G. (1991), Le temps futur en français moderne, Almqvist & Wiksell International, Acta Universitatis Upsaliensis – Studia Romanica Upsaliensia, Stockholm, 245 p.

ZIMMER, D. (1994), « «Ça va tu marcher, ça marchera tu pas, je le sais pas»: le futur simple et le futur périphrastique dans le français parlé à Montréal », Langues et Linguistique, n° 20, pp. 213-226.
.
.
.

CORPUS:

Denise Deshaies, Corpus de la ville de Québec: Enquêtes orales effectuées entre 1977 et 1979 auprès d’adultes et d’adolescents des quartiers Saint-Sauveur et Sainte-Foy à Québec, sous la direction de Denise Deshaies, professeur titulaire à l’Université Laval (Québec). Corpus non publié, utilisé avec autorisation de la dépositaire. Pour une description des caractéristiques sociolinguistiques du corpus, voir Boisvert et Laurendeau, 1988, Deshaies et Laforge, 1981.

%d blogueurs aiment cette page :