Paul Laurendeau, linguiste, sociolinguiste, philosophe du langage

TEXTE DE COMMUNICATION 2005

Texte d’une communication intitulée : « Le Chiaque c’est proche, mais c’est pas chez nous… représentations épilinguistiques et proximité interlectale » au colloque international Langues proches/Near Languages, tenu à l’Université de Limerick (Irlande), les 16-18 juin 2005.
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Résumé: Le Chiaque acadien (parlé au Nouveau-Brunswick, Canada) est perçu comme un idiome interlectal mélangeant le Français et l’Anglais. Cette opinion semble prévaloir parmis les observateurs extérieurs du Chiaque autant que parmis ses locuteurs. Mais une analyse plus poussée de l’opinion des locuteurs natifs semble plutôt démontrer que le Chiaque est « proche » du Français standard (en ce sens qu’il est un vernaculaire centenaire de Français nord-américain) et que son composant anglais est le résultat d’intensives alternances de code discursives. Le problème de l’alternance de code et du mélange interlectal sont traités dans la présente étude sous l’angle épilinguistique, c’est-à-dire par une analyse de la description qu’une quasi-locutrice native donne du dialecte. Un corpus en Chiaque est joint à l’étude.

Abstract: The Acadian Chiaque (spoken in New-Brunswick, Canada) is perceived as an interlectal dialect mixing French and English. That opinion seems to be prevalent among external observers of Chiaque and among it’s speakers as well. But a more detailed analysis of the native speaker’s opinion seems to rather demonstrate that Chiaque is « near » Standard French (meaning that it is a centuries old North American french vernacular) and that it’s English elements are the result of massive discursive code-switching. The problems of code-switching and code-mixing are adressed in this study through an epilinguistic angle, namely with an analysis of the description that a near native speaker gives of the idiom. A corpus in Chiaque is appended to the study.

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Le Chiaque (ou Chiak ou Chiac – Perrot 2001) est un vernaculaire parlé en Acadie (province canadienne du Nouveau Brunswick) qui, dit-on, développe des structures originales à partir d’une hybridation avancée du français et de l’anglais. Comme pour le Franlof, l’Italiese, le Spanglish ou même le Yiddish, les locuteurs témoigneront haut et fort de l’existence du Chiaque comme hybride linguistique équilibré et ne commenceront à se rétracter que lorsque le dialectologue leur demandera de parler un peu Chiaque pour lui. Il y a une singulière difficulté à passer au Chiaque comme on passe, disons, au Français ou à l’Anglais. Ce phénomène semble tenir à des raisons procédant de problèmes spécifiques posés par la proximité linguistique. Comme le Yiddish est proche de l’Allemand, le Chiaque est si proche du Français (ou de l’Anglais, il faudra clarifier ce point) qu’il semble difficile de le démarquer pour l’exemplifier. Le problème pourrait cependant revêtir une dimension plus discursive. En effet si on demande spontanément à n’importe quel francophone du monde de s’exprimer en Franglais, le canadien s’exclamera sans hésiter: La strappe de fan de mon truck est slaque, alors que l’hexagonal ira plutôt dans la direction de: Notre playmec n’est plus sponsorisé par cette top-modèle because copyright. Force est alors d’observer qu’on ne fait pas un idiome homogène avec ces deux exemples rituels et que Franglais renvoie alors plutôt à un ensemble spécifique de comportements discursifs non stabilisés. Le Franglais n’est pas une langue ou même un lecte. La constitution d’un corpus en Franglais pose des problèmes imprévus. En serait-il autant du Chiaque acadien? Nous analysons cette question en concentrant notre attention sur le discours épilinguistique du locuteur (Laurendeau 1990h, 1994, 2004b).

Voyant que nous cherchions à dénicher le Chiaque et à l’exemplifier, les locuteurs natifs acadiens consultés à Toronto ont adopté une multitude d’attitudes allant du déni à l’affirmation du Chiaque. Mais, pour arriver à exemplifier concrètement le lecte recherché, ils ont du recourir à toutes sortes de moyens transitionnels très perfectionnés. L’informatrice dont nous analysons ici les propos a été retenue pour ses très intéressantes particularités épilinguistiques. Elle est âgée de 21 ans et est originaire de Campbellton sur la frontière nord du Nouveau Brunswick. Il s’agit donc d’une locutrice de la grande Acadie, ayant initialement vécu très près du Québec. Campbellton, se trouve au sud de la rivière Restigouche, dont la rive nord arrose la portion sud de la péninsule gaspésienne. L’autre bord du pont, c’était l’Québec. Les villes québécoises avoisinantes sont Restigouche, Routhierville et Amqui. La mère de notre informatrice ne parle que peu l’anglais et travaille aujourd’hui dans une garderie francophone à Shédiac, dans le détroit de Northumberland au sud-est du Nouveau Brunswick (à une vingtaine de kilomètres de Moncton). Son père, un peu plus bilingue, a travaillé dans la construction à Mississauga (Ontario). L’informatrice a vécu à Campbellton de 0 à 6 ans, à Brampton (Ontario) de 6 à 9 ans, et à Shédiac depuis l’âge de 9 ans. Elle ne parlait que le français à la maison, même en Ontario. Elle a appris l’anglais à l’école et a du «travailler» son anglais, un peu comme les québécois. Elle parle français avec l’accent acadien, mais sans trace d’adstrat anglais. Elle parle anglais avec l’accent des provinces maritimes mais sans trace d’adstrat français. Elle est la réalisation la plus accomplie d’une bilingue équilibrée, mais le caractère profondément francophone de tout son bagage ethnoculturel est très important aux fins de la démonstration.

(1) Vous baigniez dans un… dans un milieu très francophone, hein ?

Oui, oui.

Même à Shédiac ?

Même à Shédiac oui. Parce que y a pas d’école… y a pas vraiment d’écoles anglophones même à Shédiac. C’est hmm… Shédiac c’est vraiment hmm… francophone. Comme y a des familles là mais j’dirais c’est dix pour cent, le monde anglophone à Shédiac.

M.L.R.B. Entrevue 2005 – 01

Le français parlé à Shédiac est, comme partout dans la grande façade Atlantique, une variété de français nord-américain ayant de nombreuses caractéristiques d’isolat, tant archaïsantes qu’innovantes (Laurendeau 1985a). De plus, l’informatrice étant une bilingue nord-américaine, on a affaire ici à la locutrice native d’un français régional minoritaire qui se définit épilinguistiquement un peu comme les patois et dialectes en Europe par rapport aux langues nationales. La proximité sociolinguistique de la langue anglaise a ici un impact direct d’insécurisation linguistique (Mougeon 1994). Notre informatrice «préfère» initialement la langue qui se trouve en position de prestige puis se réapproprie graduellement l’estime du vernaculaire d’origine.

(2) Quelle langue vous préférez? Pas vous préférez parler mais quelle langue vous aimez le plus. Pour laquelle vous avez le plus d’amour. Ça peut être les deux pareils, hein… On sait qu’ça peut être comme deux enfants qu’on aime les deux pareil…

Ouais…J’pense que ça s’rait les deux, parce que c’est… comme… au début j’arais dit l’anglais mais maintenant j’crois que chu comme… comme on dit assez que chu capable de… voir les deux de la même manière.

M.L.R.B. Entrevue 2005 – 02

Il est capital de noter que le fond populiste de la culture nord-américaine fait que les représentations épilinguistiques concernant le français sont moins celles d’un dénigrement direct par le bas que par le haut. Dans une sorte de perpétuation américaine de l’effet Bataille de Hasting, le purisme français est perçu comme un élitisme, une French Finesse inadéquate, un dédain vieillot et dépassé face à un fond vernaculaire ambiant, nécessairement d’origine anglophone. Ainsi, à Shédiac, l’interlecte (le Chiaque) est omniprésent et parler français enfreint ouvertement la norme vernaculaire. On passe pour prétentieux quand on s’efforce de désangliciser la langue locale. D’aspiration vernaculaire, on souhaite en fait pouvoir mélanger les deux langues librement, mobiliser le double héritage à sa guise (De Zulueta 1995, Karadash 1988 – noter aussi qu’ici, en situation formelle d’entrevue, la première référence explicite au Chiaque exploite les exemples rituels : vas sorter car… step mon houme…).

(3) À Shédiac ça c’est d’même que ça marche… c’est… tsé… vas sorter car… va m’… step mon houme…  ça arrive, c’est normal. Si tu parles pas d’même là c’est là que l’monde commence à parler d’toi. Pis ah elle a… i s’pen… a s’pense plus bonne que les autres.

On va r’parler d’ça dans une seconde. Donc, quand vous dites, à Shédiac c’est d’même.

C’est d’même…

Quand vous dites, à Shédiac c’est d’même. Tout le temps?

Ah oui…

Ça veux-tu dire tout le temps? Vous allez… vous allez au dépanneur, vous allez au supermarché, vous allez à banque?

N’importe où. Mais… même même la personne à la banque va m’parler d’même. Donc moi j’vas répondre comme ça.

M.L.R.B. Entrevue 2005 – 03

L’interlecte est omniprésent chez les francophones de Shédiac. Il y a une prudente méfiance vernaculaire envers le français. L’opposition Chiaque/Français est conscientisée sur l’axe sociolectal et chronolectal et le Chiaque fait l’objet d’une fierté explicite au sein de la culture locale.

(4) Diriez-vous que c’est partout comme ça dans toutes les tranches d’âges aussi? Les vieux, les jeunes? Ou est-ce qu’y aurait un segment d’âge?

J’dirais que…. Oui, non j’dirais pas qu’y aurait d’segment d’âge. J’dirais que c’est partout comme ça. Hum… non j’dirais vraiment…comme…  j’pense c’est même pire sur les vieux parce eux autres sont plus dans la culture pis y croyent plus à leur héritage. Pis eux autres sont plus insultés si tu parles pas comme… moi ma mère a viens pas de dla a parle le français plus ché…qu…   français québécois mais y a beaucoup de gens qui aiment pas ça. Pis j’crois qu’c’est une personnes plus âgée qui vont dire nous autres on est pas de même, nous autres on parle Chiaque pis on est fiers de… Tsé… ils disent…

Ils le disent…

Ah ils le disent oui.

I disent: on parle Chiaque.

Oui, dans la garderie i n’a qui sont comme… sont pas insultés qu’y appre… que ma mère apprenne le français aux enfants mais y veulent pas que les enfants perdent leur Chiaque.

M.L.R.B. Entrevue 2005 – 04

Le Chiaque est explicitement nommé, démarqué et assumé comme un we-code (tandis que notre informatrice a ici tendance à le conceptualiser comme un they-code). La question se pose donc de savoir si le chiaque est intrinsèquement un interlecte? Or l’observation attentive révèle que le conflit Chiaque/Français, comme le conflit patois/Français sous d’autres cieux, semble se jouer en fait en zone galloromane. L’Anglais ici est un bagage qui reste à côté (tous ces gens sont bilingues) et en fait il n’est pas un axe dans la lutte de prestige impliquant le Chiaque. Première brèche majeure à l’idée d’un interlecte équilibré: les anglophones (qui eux ne sont pas bilingues) ne parlent pas Chiaque. Et les plus jeunes locuteurs du Chiaque ne passent pas nécessairement à l’anglais dans leur cheminement de vie.

(5) Alors les plus jeune y font quoi?  Si vous dites que les plus vieux gardent le Chiaque, les plus jeunes vont vers quoi? Vers l’anglais, vers  le français, vers les deux? Comment ça s’passe?

Les… Non mais les plus jeunes sont de même d’habitude aussi. Là t’en a qui sont, qui vont à l’Université pis qui r’viennent de l’Université complètement français, qui ont perdu l’Chiaque. I veulent pu se… Ben là comme eux autres ont d’la misère à rentrer à nouveau dedans la culture parce que y a des gens qui vont dire comme… Comme j’ai une amie exactement ça qui est arrivé à l’Université. Elle a rvenu a parlait parfaitement l’français. Là tout l’monde pense alle est comme qu’a s’croit belle plus qu’alle es pis…

M.L.R.B. Entrevue 2005 – 05

Plus sa dimension française se révèle, plus le Chiaque apparaît comme un drôle d’interlecte. Il n’est pas un vernaculaire fustigé symétriquement par les cultures d’où sont issues les deux langues qu’il est censé hybrider. Les anglophones du Nouveau Brunswick ne parlant donc pas Chiaque, ils ne le comprennent pas non plus passivement et ne lui assignent pas un glottonyme spécifique. Ils l’appellent du simple logonyme Frenglish. Ce dernier n’est pas moins vague que Spanglish, Franglais ou Italiese. En approfondissement la question on se rend de plus en plus compte du caractère abstrait, symétrique et vide de la notion d’interlecte ou de langue mixte. Pour reprendre le mot de notre informatrice, dans la culture (vernaculaire) de cette communauté, on juge sévèrement ceux qui vont quitter le Chiaque pour le Français. Juge-t-on aussi sévèrement ceux qui vont quitter le Chiaque pour l’Anglais?

(6) Est-ce que le même type de jugement apparaît à l’égard de ceux qui vont apprendre plus l’anglais [et laisser de côté le Chiaque] ?

Oh, c’est dur à dire… c’est dur à dire.

Hein, ça c’est intéressant. Ça semble être vis-à-vis du français.

Oui. Chu pas sûre si c’est la même chose comme… Moi j’ai l’impression que… comme le sentiment  que j’avais quand c’que j’ai grandit à Shédiac c’était que l’angl… parce c’est juste là qu’j’ai appris l’anglais, comme à Brampton j’tais pas intéressée en toute. Mais, c’est…on dirait que l’anglais était considéré supérieur au français, genre de…

Hmm…

Puis eh… comme si que c’était considéré plus eh… avantageux connaître l’anglais. Puis j’crois pas qu’c’est comme la même…  le même effet. Connaître l’anglais,  t’es  plus considérée comme Wow!  Tsé toi t’es… t’es populaire, tu connais l’anglais. Mais être mêlé au français c’est c’est différent… c’est plus comme ah elle a se fait fort d’elle à cause qu’à parle le français. C’est l’impression que j’ai là.

A se fait fort d’elle.

Oui.

M.L.R.B. Entrevue 2005 – 06

L’Anglais pur est cool. Le Français pur est snob. Et le Chiaque est-il alors une troisième langue, mixte, résultant de la proximité des deux autres, et qui, elle, serait… neutre. Rien n’est moins sûr. En effet, si mélanger aléatoirement le français et l’anglais ne suffit pas pour obtenir du Chiaque, si c’est un lecte tout à fait spécifique, il n’en demeure pas moins que, lorsque l’informatrice fournit des exemples lexicaux ou phonétiques «typiquement chiaques», ils sont massivement galloromans : Mon houme, une ligne de hard, faudrait qu’j’irions…

(7) Pis même comme moi je viens du nord pis mon père vas dire comme watcher. Comme I va dire ça. Pis c’est pas Chiaque ça juste à cause que t’utilise le mot watcher. Comme ah watch les enfants. Ça veut pas dire que t’es Chiaque. Comme faut vraiment que tu… tu prononce une certaine manière pis faut vraiment tu utilises certains mots. Pis… même si la la phrase est comme 80% anglais. Tsé là ça dépend comme…

Faut avoir le code. Il s’agit pas juste de mélanger le français pis l’anglais pour faire du Chiaque.

Oui c’est ça… non… non… Oui. Y a certains mots qu’tu mélanges pis y a certains mot…

Donc y a un dispositif très précis évidemment inconnu de l’étranger.

Oui.

Même l’étranger bilingue en français et anglais.

Oui, Oui. Tu peux pas.

M.L.R.B. Entrevue 2005 – 07

Finalement, la preuve la plus flagrante de sa cruciale dimension discursive est que ce lecte évanescent reste fondamentalement le lecte de l’autre. Ce n’est pas moi, je ne le parle pas, sinon avec un accent français.

(8) Considérez-vous que vous le parlez?

Si que j’p… Pour le moment, non. Mais c’est… j’ai d’la misère à comme… si que j’parle à mes amis de Shédiac, j’peux parler Chiaque comme n’importe qui. Hem… y vont toujours me dire que j’ai un accent, parce que j’viens pas de d’là.

Un accent quoi?

Français. J’ai toujours entendu dire ça que… Ah t’as t’as un accent français.

M.L.R.B. Entrevue 2005 – 08

On ne peut pas passer au Chiaque depuis le Français comme on passerait à l’Italien, à l’Allemand ou au Wolof. Ceci donne bien l’impression d’un continuum discursif bien plus que d’une alternance de codes linguistiques (Titone 1987). Il faut baigner dans le lecte pour qu’il nous revienne, exactement comme dans le cas d’un français régional, du jeu d’options rhétoriques d’un cercle social spécifique ou d’une diaphasie.

(9) L’idéal Ça s’rait d’pouvoir vous d’mander d’nous parler Chiaque aux fins de l’enregistrement. Mais j’sais qu’c’est pas facile.

Si j’aurais quequ’un d’autre Chiaque à parler avec, y aurait pas d’misère.

M.L.R.B. Entrevue 2005 – 09

Mais en l’absence de son interlocuteur chiaque, notre informatrice nous a tout simplement fournit un corpus (voir annexe). Elle y converse avec son frère dans le Chiaque le plus assuré alors qu’elle n’a pu nous fournir que quelques exemples rituels en deux heures d’enregistrement bilingue. En conclusion sur ces propos et sur ces faits, il est possible d’observer que nous exemplifions ici les deux grands types de proximité linguistique. Proximité sociolinguistique: deux langues de stature internationale mais au prestige local inégal se font face et co-existent depuis au moins la moitié du 18ième siècle. Les seuls bilingues de l’équation, les francophones acadiens, poussent l’alternance de code jusqu’au degré de l’intimité morphosyntaxique des marques, quoique l’alternance lexicale et phrastique tendent à prédominer. Proximité typologique: le lecte français formant le gros de l’idiome chiaque est en fait un collatéral du français, isolat vernaculaire plongeant ses racines dans le début du 17ième siècle et perpétué/avancé chez des locuteurs ayant vécu l’aventure de la standardisation dans une langue première non-maternelle, l’anglais.

Les représentations épilinguistiques des locuteurs font primer la proximité sociolinguistique. Ils perçoivent le chiaque comme une franglais. La description linguistique fait ressortir la proximité typologique. Le chiaque est un collatéral du français parlé par des locuteurs interlectisants. Il porte un glottonyme (Laurendeau 1994) spécifique (comme Joual ou Yiddish) plutôt qu’un logonyme (Laurendeau 1994) en mot-valise (comme Franglais, Franlof, Frenglish, Spanglish ou Italiese) mais cela ne doit pas faire illusion. Le Chiaque est un mouvement général d’alternance discursive des codes chez un bilingue profond dont on ne tire finalement une spécificité qu’en puisant dans les particularités morphosyntaxiques et phonétiques du vieux Français acadien, qui assure le gros de sa configuration morphosyntaxique.
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Annexe – Corpus en Chiaque

Le corpus suivant, aimablement fourni par notre informatrice est un échange sur papoteur (chat) entre elle et son jeune frère. Il est particulièrement intéressant de noter que contrairement au courrier électronique (pour ne rien dire de la rédaction épistolaire) le papoteur n’inhibe pas l’expression et les processus discursifs de la langue vernaculaire. Ceci pourrait bien être une découverte aussi importante pour la linguistique descriptive que l’invention du magnétophone: le premier support écrit de l’histoire connu permettant de capter la langue vernaculaire dans son traitement graphique par les locuteurs. Quiconque comprend le français et l’anglais décodera le gros de cet échange. Ce n’est pas une autre langue… Les difficultés tiendront aux références ethnoculturelles spécifiques, aux particularités du code du papoteur (exemple : le fameux lol « laughing out loud », devenu l’icône universel de l’éclat de rire)  et… aux traits du Français acadien.

M.L.R.B – Échange sur papoteur MSN – 12 novembre 2004.

023- LAMBDA: ah, so as-tu des nouvelles du chien

024- EPSILON: …bin il ma dit qui reviendrais ce soir la. ej lattend encore

025- LAMBDA: de quoi tu parle, Brent Butt

026- EPSILON: ….brent butt?

027- LAMBDA: first of all, quois’tu conte

028- EPSILON: lol..bin tu disais sa as in..le chien ta tu donner des nouvelle. now quisquer Brent Butt?

029- LAMBDA: j’ai dis a tu des nouvelles du chien, pis faut still que tu me reponds. Brent Butt est un comedien- tu sais, le gars dans Corner Gas- la show sur CTV, c’est funny

030- EPSILON: lol ah…ej get, pis le chien vas bien…ej pense quon le garde again? yer right le fuckass though

031- LAMBDA: how come, pis where the f que ta pogner le mot fuckass  (retorical, reponds actually pas)

032- EPSILON: lol oki I won’t

033-LAMBDA: essaye tu de dire que le chien est gay

034- EPSILON: ..non…man ses dans Donnie Darko! lol

035- LAMBDA: parce que, y’a rien de wrong avec ca

036- EPSILON: « not that theres anytyhing wrong with that:

037- LAMBDA: so… about le chien
038- EPSILON: ..oui?

039- EPSILON: ses tu toi qua Donnie?’

040- LAMBDA: howcome qui est un fuckass

041- EPSILON: bin ya manger mon t shirt lol

042-LAMBDA: oui, j’ai Donnie

043- EPSILON: pis les sneaker a dad, pis mon casque

044- LAMBDA: well ca c’est votre faute

045- EPSILON: lol non…mon t shirt etais dans le hamper pis ya monter a la salle de bain quand on dormais pis il la voler lol.. le fuckass..

046- LAMBDA: vraiment?

047- EPSILON: oui lol

048- LAMBDA: y’est frickin smart

049- EPSILON: lol!

050- LAMBDA: y la tu toute defaite

051- EPSILON: non..just la manche. il mastikais dessus

052- LAMBDA: hehe, c’est funny

053- EPSILON: …wtv setais un t shirt que memere ma donner..steur jai une raison pour pus le porter… he did me a favor lol

054- LAMBDA: j’t’avais dis qu’y etait smarte. so mom ma envoyer Bad Santa eh

055- EPSILON: ….HACOME!

056- LAMBDA: j’le veux, c’est juste pour une couple de semaine… a devait l’envoyer aujourd’hui

057- EPSILON: a la probly then

058- LAMBDA: j’va l’ammener back, a temps pour noel

059- EPSILON: hehe better

060- LAMBDA: moi pis mes chums on voulais juste le watcher

061- LAMBDA: peux-tu croire que je connais du monde qui ont pas aimer c’ta vu la?

062- EPSILON: ..les fuckass..lol

063- LAMBDA: Hehe. tes fucker up toi

064- EPSILON: bin non..but ses dans donnie darko..remember ils sont a la table..pis yer comme fuckass! pis sa soeur se blast de rire pis la a les comme wth is a fuckass? Lol …cough..

065- LAMBDA: j’sais, j’me r’appelle- so la j’va aller a Shediac a noel pis tout le monde va dire fuckass parce que Epsilon a single-handedly ammener le mot en ville

066- EPSILON: lol oui! actually, tout le monde dit sa lol… parelle comme juste ass, comme le cacher dans les phrases….everyone le fais steur

067- LAMBDA: well c’est tu pas dandy ca. tu devrais etre plus creatif vu que ta toute s’te pouvoir la

068- EPSILON: well we have a band now
069- LAMBDA: the short fused ass band?

070- EPSILON: …….aye..we’re not an ass band… ta pas besoin detre mean about it.. pis em, on vas avoir des songs a downloader sur notre site soon enough, faudras tu ecoute sa

071- LAMBDA: bin sur, tu devrais v’nir faire des concerts par icitte

072- EPSILON: crois tu que ej pourrais? LD

073- LAMBDA: LD?

074- LAMBDA: well, sure, comme, compte pas sur moi pour arranger ca… but j’suis sur qui va venir un temps que tu pourras comme Great Big Sea, y’on jouer ici hier soir

075- EPSILON: lol well ya une difference entre eux pis moi lol

076- LAMBDA: well, le principe est le meme. aye, savais-tu que Simple Plan est Français. pas le band, but les gars dedans.

077- EPSILON: bin setais Reset, il vienne de montreal en?

078-LAMBDA: yeah, but leur premiere langue est le francais, c’est weird parce que tu dirais pas

079- EPSILON: yeah..bin…nous autre non plus quand on chante..

080- LAMBDA: haha, yeah, well pratique toi.

081- EPSILON: yeah..well meme si jai un accent quosuqe sa fais? lol

082- LAMBDA: ca fait mal! lol, jk

083- EPSILON: …ouch

084- LAMBDA: tes chum on un plus gros accent anyways

085- EPSILON: lol true dat

086- LAMBDA: pis celine dion, elle a la un accent pis a fait des millions

087-EPSILON: yeah..true dat also

088-LAMBDA: fais-tu d’quoi a soir

089- EPSILON: ej vas maybe watcher un movie, hacome?

090- LAMBDA: euh j’fais d’la conversations

091- EPSILON: lol ah..emm toi?

092- LAMBDA: j’va a un party betot qu’elle movie

093- EPSILON: pas sure yet, quelle party?

094- LAMBDA: le bloq quebecois

095- EPSILON: ……ses un party politic? lol

096- LAMBDA: mon amie fait un party, Brent

097- EPSILON: cool

098- LAMBDA: as- tu vu Saw? ca jous-tu encore

099- LAMBDA: toi t’aimerais ca, j’pense

100- EPSILON: yeah ses rated R though. faudrais que ej sneak in

101- LAMBDA: ah, use ton charme

102- EPSILON: ….din’t work last time…a l’etais comme..are you 18 jetais comme oui..then a la dit do you have some id…pis j ai dit non..pis ala dit howcome..pis jai dit..I

left it at the bar I got back from

103- EPSILON: ..did not go as plan..

104- EPSILON: *panned

105- LAMBDA: planned

106- EPSILON: god damn

107- LAMBDA: yeah… well j’sais pas quoi te recommender

108- LAMBDA: y’a pas grand chose d’amazing des les theatres pour le moment

109- EPSILON: yeah..jai ete watcher shark tale hier

110- LAMBDA: tu jokes, t’aime don bin ca des vu d’enfants- c’est toi qui avais watcher the cat in the hat itout, eh. c’etais-tu bon though?

111- EPSILON: lol yeah that was me..pis wtv la…, setais pas bad…Jack Black est dedans

112-LAMBDA: yeah, but so is will smith

113-PSILON: yeah and angelina jolie, and robert deniro

114-LAMBDA: well, the celebrities abound

115-EPSILON: ..yeah…pis il a eu comme trois previews de movie comme sur computer 3d la..pis ses toute des popular actors itout..

116-EPSILON: ses pretty weird

117-LAMBDA: tu le dis. anyways, y faut qu’elle aille ce preparer, so a va te parler later

118-EPSILON: yeah later, don’t drink too much

119-LAMBDA: don’t tell me what to do!

120-EPSILON: lol I was sarcastic, bye

121- LAMBDA: euh, j’lavais getter .

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Références

DE ZULUETA, F. (1995), “Bilingualism, culture and identity”, Group analysis, vol. 28, n° 2, pp 179-190.

KARADASH, C.A.M. (1988), “Bilingual referents in cognitive processing”, Contemporary educational psychology, vol.13, n° 1, pp 45-47.

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LAURENDEAU, P. (1990h), « Joual populi, joual dei!: un aspect du discours épilinguistique au Québec », Présence francophone, n° 37, pp 81-99.

LAURENDEAU, P. (1994), « Le concept de patois avant 1790, vel vernacula lingua », MOUGEON, R. et BENIAK, É. dir., Les origines du français québécois, Presses de l’Université Laval, coll. Langue française au Québec, pp 131-166.

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PERROT, M-E. (2001), “Bilinguisme en situation minoritaire et contact de langues: l’exemple du chiac”, Faits de langues, n° 18, pp 129-137.

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